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Une siciliana
Ecrit par elisa le 3 juin 2005 dans Le monde bleu de Laura | No Comments
- Au fait Laura, ma sœur m’a appelé c’est après-midi.
- Tiens donc, des nouvelles fraîches alors !
- Oui, nous sommes invités pour le baptême de Camille.
- Une fête en perspective, chouette. Mais je ne savais pas que Manon et Frédéric étaient chrétiens.
- Ni l’un ni l’autre je crois. Manon crois en Dieu mais ne fréquente pas plus une religion qu’une autre. Frédéric je pense que c’est pareil.
- Mais ils font un baptême religieux ?
- Ben oui. Un Baptême quoi.
- Qu’elle drôle d’idée, ce n’est pas rien tout de même d’attacher un bébé à une religion sans que l’on soit sûr que ce sera la sienne. C’est lui mettre le pied à l’étrier. Je trouve que l’on baptise plus par habitude que par réelle conviction. Ce n’est pourtant pas un acte anodin.
- Je ne crois pas que cela puisse faire du mal à Camille.
- Je me demande s’ils n’ont pas choisi cette religion juste parce que c’est la plus répandue dans notre pays ?
- Certainement.
- Tu penses qu’une religion est meilleure qu’une autre ?
- Non, je suis assez tolérant, chacun est libre de choisir le dieu qu’il veut.
- Et tu crois qu’ils ont choisit l’église parce qu’elle protégera mieux ta nièce ?
- Non, je crois en fait qu’ils font cela uniquement par coutume.
- J’en ai bien peur aussi. Et voilà comment les religions recrutent de jeunes innocents sans même que leur propres parents en aient conscience.
- Tu es dure là.
- Parce que de croire en Dieu ça n’a jamais fait de mal à personne. Mais les religions ne laissent dans leurs sillons que des guerres d’incompréhension et d’intolérance.
- La Siciliana c’est pour madame, et la Quatre Fromages pour vous monsieur ?
- Euh, non c’est l’inverse.
Une petite courbette, le serveur dépose les plats et repart aussitôt.
- Whaou Steph ! Elles sont immenses. J’espère qu’elles sont aussi délicieuses qu’elles sentent bon.
Laura me souhaite alors un « Bon appétit mon amour ». Les pizzas sont arrivées à temps. Je suis content de retrouver Laura avec ses phrases qui défilent et ses idées qu’elle défend. Mais ce n’est jamais avec méchanceté ou amertume. Et je suis d’accord avec elle quand elle dit que chacun a le droit de choisir son Dieu ou ne pas en avoir du tout. Laura voudrait tellement que le monde soit plus heureux.
Nous sortons du restaurant il est déjà minuit trente. Avant de rejoindre notre appartement nous faisons quelques pas dans la rue. Il fait un peu frais. Laura se serre contre moi et nous marchons en silence. Un doux silence qui laisse parler les gestes. Des petites pressions de la main, de la tête, du corps entier. Et dans nos regards nous lisons l’un et l’autre que l’on ne s’endormira pas de suite.
- On rentre ?
- Vraiment tu ne veux pas marcher un peu plus ? me répond Laura avec un sourire malicieux.
- Non je suis fatigué.
- Ah ! tu vas faire un gros dodo alors ?
- Hummm, mais je ne suis pas vraiment vraiment fatigué.
- Tu es bien sûr ? et elle émet un petit rire étouffé.
Sitôt la porte passée, Laura se lance dans un petit jeu.
- Ne te perds pas, le chemin est indiqué sur le sol.
Elle commence à laisser tomber ses vêtements comme des pétales. Je ramasse un bas, puis l’autre, quelques pas plus loin une jupe. Je sens son parfum pris dans les fibres. Je l’aperçois dans la pénombre à demi-nue. Je continue ma cueillette, un pull, un soutien gorge. Je suis à présent sur le pas de la porte de la chambre, à mes pieds un tout petit string. Mon désir enfle mes veines. Elle m’attend là toute nue, j’ai le cœur qui bat comme une première fois.
- Ferme les yeux et laisse toi faire, me dit-elle.
Je sens ses mains glisser le long de ma chemise. Elle semble se déboutonner comme par enchantement. Chacun de mes vêtements passe de mon corps au sol. Nos corps aimantés par l’envie se frottent peau contre peau, ondulent vers le bas vers le haut, et portés par ce mouvement de vague viennent s’échouer sur l’écume des draps. Il n’est plus besoin de mots, seuls parlent les gestes et le silence.
- Au secours, non, je veux sortir ! Aaaaah !
Le cri de Laura me sort soudainement de mon sommeil. Son visage en sueur brille sous les reflets de la lune et son corps frétille comme un poisson sorti de l’eau. Je n’aime pas la voir ainsi, au bord de la crise de nerf, à la limite de l’étouffement. Je n’aime pas la voir souffrir, ma Laura.
- Laura, Laura réveilles toi.
Comme beaucoup d’autres nuits, Laura fait des cauchemars. Je la réveille doucement, je lui parle d’une voix douce et je la rassure. Elle est en nage, les pieds hors du lit tant elle a du bouger.
- Oh ! merci de m’avoir réveillée, j’étais dans une pièce fermée et l’eau montait toujours plus haut, il ne me restait plus que quelques centimètres pour respirer. Ouf ! rien n’était vrai. Juste un mauvais rêve. Je t’ai réveillé mon amour ?
- Ce n’est pas grave. Je ne dormais pas encore.
Elle se recroqueville contre moi et en quelques secondes elle a retrouvé son sommeil. Le matin au réveil souvent elle ne se souvient pas de ces moments là si je ne lui rappelle pas. En fait elle me parle dans un demi sommeil et l’on pourrait croire qu’elle est en état d’éveil. Je l’écoute respirer doucement et je glisse lentement dans mes rêves.
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