Trouver la bonne pièce, celle qui coïncide exactement au micron près. Celle que l’on peut poser juste à coté et qui se glisse comme par magie en suivant point pour point les courbes de l’autre, sans besoin de force aucune.
Cela peut prendre beaucoup de temps, chercher la forme qui convient, le dessin qui est unique pour chacune des pièces et plus unique encore qu’il est le seul à se raccorder exactement et donner pour finir le paysage entier du puzzle.
D’autres fois une pièce prise au hasard, on la soulève, on la pose avec un geste sûr comme si on savait déjà, pourtant sans trop savoir pourquoi. Et elle trouve sa place comme si tout l’avait attiré là, comme si tout nous disait «c’est cette pièce là il n’y a pas de doute».
Notre puzzle, nous avons pris le temps de regarder chacune des pièces, de nous remplir les yeux de leurs couleurs, de leurs formes. Passé les doigts sur leurs contours pour mieux nous en imprégner, les yeux ouverts, les yeux fermés et mieux apprécier ainsi la douceur de leurs courbes. Passé le plat de la main sur chacune des faces jusqu’à ressentir au plus profond de soi jusqu’au plus fin grain, jusqu’à pouvoir reconnaître du simple toucher d’une simple caresse, chacune d’entre elles. Nous les avons respiré, jusqu’à pouvoir les reconnaître rien qu’à leur parfum discret mais si différent, si unique.
Je me souviens avoir placé la première pièce et à cet instant précis pour terminer complètement notre puzzle il n’en manquait qu’une seule. Tu l’as prise dans un mouvement qui a fait bouger ton corps tout entier, et délicatement, vraiment tout doucement tu es venu la poser. Tout, tout coïncide alors, la courbe dans le creux, et le creux dans la courbe.
Un puzzle, pour un seul paysage, des pièces qui s’assemblent comme deux corps qui ne font qu’un.
Notre puzzle fait de deux pièces uniques toi et moi.