« Encore et toujours la même rengaine ! Mais ils nous feraient avaler n’importe qu’elle sornette ! »
Je me tourne vers Laura, je la reconnais bien là avec ses yeux marrons plissés, les pupilles fusillant le journal de vingt heures. Elle déteste plus que tout le petit écran qu’elle accuse de désinformateur et de manipulateur familial.
Suivre le vingt heures avec Laura est un exercice auditif qui demande beaucoup d’entraînement. Chaque nouvelle phrase prononcée par le journaliste est suivie presque simultanément du commentaire de Laura. Je ne sais si c’est une qualité ou un défaut mais elle est dotée d’un esprit critique débordant de santé. Au début de notre vie à deux cela m’avait parfois agacé, mais aujourd’hui c’est un de ses traits de caractère que je préfère.
Je la regarde et je l’écoute me traduire en stéréo les informations du jour. Elle ne vieillit pas Laura, à moins que ce ne soit moi qui garde ce regard de jeunesse sur ma femme pour ne pas me sentir vieillir.
« Non mais, Stéphane ! ils nous feraient croire que trente touristes ce sont évaporés comme ça dans le désert, enlevés par une soucoupe volante peut-être ? »
Je ne sais quoi lui répondre, de toute façon c’est une de ses questions qui n’attendent pas de réponse.
Laura pouvait rester parfois des heures sans rien dire les yeux fixés au sol écoutant sa bande magnétique intérieure se dérouler. A d’autres moments elle pouvait parler sans tarir à la vitesse de son magnétophone interne tout le corps secoué par la passion des mots.
Quoiqu’il en soit, je reste le plus souvent dans la contemplation. Je l’écoute je la regarde et je suis attentivement des yeux le mouvement ondulant des boucles de ses cheveux bruns caressant ses épaules, les mimiques désapprobatrices de ses fines lèvres roses qui s’étirent par instant en demi lune vers le haut pour m’offrir de jolis sourires rien que pour moi et sa gestuelle de méditerranéenne qui en dit autant que ses paroles. Mais elle ne me soûle pas Laura, par ses propos aux airs décousus et désordonnés tant elle voudrait parler aussi vite que ses pensées. Elle a c’est sûr, un angle de vision très personnel des choses de la vie et du monde. Un regard humain dépourvu d’hypocrisie. Elle est très attentive aux relations entre les gens, les parents, les enfants, les hommes, les femmes et nous. Dans tout ce qu’elle dit ou qu’elle voit elle n’oublie jamais cette part de nous qui est là. C’est Laura, c’est ma Laura.
7 mars 2006 à 2:37 pm
aujourd’hui, venue lire par ici…vais me le faire en feuilleton, morceau par morceau…