La vie de chaque homme est un chemin vers soi-même, l'essai d'un chemin, l'esquisse d'un sentier
Herman Hesse

La boîte à fil

Ouverture

Dans la boîte à fil, deux fers bien usés, quelques clous rouillés, une photo d’identité délavée par endroit, un cure-pipe en inox, une brosse à moustache en poil de sanglier, une pièce de monnaie percée en son centre, quelques souvenirs épars, l’ombre d’un doute, l’espace d’un instant, les traces d’un exil, un cœur achevant de se battre.

Inventaire sommaire d’une vie.

La main referme lentement le regard confiné dans d’obscurs recoins, le couvercle de la boite claque dans un ultime battement de paupières.

- Il faudra songer… la voix s’éteint en pensée monocorde.
- A quoi ?
- Je ne sais pas… Peut-être à tout ça… dit la voix.

Tout ça, inventaire sommaire se résumant à rien, échafaudage remisé dans l’oubli des possibles, décharge à ciel ouvert dans une zone d’humanisation périphérique, rocade arcade décade, une vie.

Résumée à l’espace qu’elle occupe, superficie, volume, Pi. Soumise aux constantes qui l’embrasent ou l’écrasent. Intégrale d’un mouvement en perpétuelle équation. Contrainte à l’exigence d’un cadre, d’une armature. La vie.

Celle-ci, poussiéreuse comme la boîte à fil qui la protégeait de la curiosité insolente du temps. Celle-ci, embaumée dans l’essence même de la mémoire. Celle-ci, rendue à l’espace. Celle-ci soudainement se retrouve empreinte du temps.

- On aurait pas du ouvrir… s’étouffa la voix.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas… Que va-t-on faire avec …
- Jette la au feu ! Ca ne vaut rien tout ça.

Les notes bleues sont fermés.